L’élevage du cochon

Groin Groin

Groin Groin

« Dis Papa, c’est quoi un cochon d’élevage intensif ? »

Voici donc les préoccupations de ma fille de 15 mois… Malgré sa précocité évidente mais somme toute logique au vu de sa consommation de saucissons, j’ai préféré enjoliver quelque peu la situation.

Je lui ai donc dit que c’était des cochons très vilains à qui on coupe les coucougnettes, les queues et les dents parce qu’ils sont incapables de vivre en bonne harmonie dans leurs box pourtant coquets et bien agencés.

J’ai rajouté que la plupart d’entre eux ne supportent pas la lumière du jour et sont très frileux. C’est la raison pour laquelle ils préfèrent rester à l’intérieur comme notre chat « Chaussette » devant la cheminée.

J’ai continué sur leur santé très fragile qui ne leur permet pas de vivre plus d’une seule année même si la science pharmaceutique fait beaucoup pour eux.

Et j’ai terminé sur notre hommage final, qui consiste à les transformer en (mauvais) saucissons pour qu’ils accèdent enfin au paradis des cochons.

Mais qu’en est-il réellement ? L’élevage intensif porcin mérite-t-il sa mauvaise réputation. Comment en est-on arrivé là ?

europeOn peut dire que tout commence après-guerre avec l’émergence d’une volonté d’autosuffisance alimentaire se traduisant par l’obligation d’une modernisation de l’agriculture. Le plan Marshall tout d’abord puis dans les années 60 l’avènement de la politique agricole commune (PAC) ainsi que d’éventuels gros profits en toile de fond seront les moteurs de ce bouleversement.

A partir de ce moment là, les éleveurs français et européens, encouragés fortement voire vigoureusement par l’Union Européenne, se sont endettés pour transformer leurs petites exploitations si bien qu’aujourd’hui 90% des élevages de porcs français se passent dans des bâtiments où vivent en moyenne entre 800 et 1000 porcs.

Le plus triste dans cette histoire, c’est que 50 ans plus tard, l’élevage porcin français n’est pas rentable et qu’il survit uniquement grâce aux subventions Européennes et à la bienveillance feinte et tardive de certains acteurs de la grande distribution. En effet mettre en concurrence un élevage français à la traîne avec ceux des pays à main d’œuvre bon marché (d’ailleurs toujours plus nombreux à intégrer l’UE) ou plus avancés techniquement, le tout dans un contexte de libre échange, n’a pour cause pas fonctionné bien longtemps. Dès les années 70, les importations de porcs en France étaient déjà supérieures aux exportations. Les seules solutions proposées alors aux éleveurs, déjà pris à la gorge par les industriels et les distributeurs, étaient de produire plus, encore et toujours pour espérer conserver leurs revenus. A ce jeu là, l’Allemagne, devenue une véritable machine de guerre industrielle dont les exploitations feraient passer la ferme des 1000 vaches pour un simple hobby dominical, a pris la tête.

En 2015 l’embargo commercial avec la Russie n’ayant pas encore suffit à achever nos éleveurs, le traité transatlantique portera-t-il le coup de grâce ? Mais je ne doute pas une seule seconde que nos politiques trouveront une solution…Produire plus peut-être ?

Pour en revenir à nos cochons, je suis persuadé que les éleveurs aiment leurs animaux et les traitent le mieux possible. Mais dans un système où rentabilité et bénéfice priment sur tout le reste, il devient difficile de faire du sentiment.

Tout est calculé et de ce calcul sont nées les conditions d’élevage moderne:

Oui, les porcs sont castrés la première semaine de vie car la viande de Verrat, porc mâle non castré, est susceptible de présenter une odeur particulièrement préjudiciable à la consommation. La castration se pratique sans anesthésie pour des raisons évidentes de coût: l’autre argument étant la possible contamination de la viande par les molécules anesthésiantes…

Oui, certaines de leurs dents sont meulées à la naissance pour ne pas blesser les mamelles de la truie et leur queue est sectionnée pour éviter qu’ils ne se la mangent d’ennui entre eux, avec les risques infectieux que cela peut représenter: le but étant toujours d’avoir le moins de pertes possible.

Oui, les porcelets sont sevrés généralement au bout de 3 à 4 semaines pour ne pas perdre de temps dans la poursuite d’un nouveau cycle gestationnel pour la truie. Une semaine après la fin de l’allaitement, la truie peut de nouveau être montée ou plutôt inséminée artificiellement. Même si certains élevages travaillent encore avec un reproducteur « actif » ou « souffleur », il est beaucoup plus fiable et moins risqué pour la truie, qui peut-être blessée par le verrat, de procéder à une insémination (sélection génétique en prime). Une truie qui serait non fécondée pendant ses chaleurs serait autant de porcs en moins à naître…

Nouveau...

Nouveau…

Oui, les porcs d’élevage intensif, parqués les uns sur les autres, étant moins robustes que leurs cousins de la ferme sont plus sujets à diverses maladies et infections nécessitant vaccination systématique et la prise d’antibiotique (en diminution depuis 2007) préventif ou thérapeutique. Pour un éleveur, une bête qui meurt des suites d’une maladie ou d’une infection est une perte sèche qu’il faut à tout prix éviter.

Oui, une case type d’engraissement est un rectangle de 3.30m sur 2.50m pour une dizaine de bêtes: moins d’espace et donc moins de coût tout simplement (main d’œuvre, installation…). Le sol est en caillebotis en acier galvanisé ou en PVC ce qui permet par rapport à une litière sur paille un nettoyage et une récupération du lisier beaucoup plus aisés et donc moins coûteuses.

Oui, mis à part le verrat reproducteur, tous ne verront la lumière du jour qu’au moment de partir à l’abattoir. Pour la remplacer, des néons sont utilisés…

Oui, la nourriture est la dépense première de tout éleveur de porcs (70% du coût de production d’un porc) et dans l’élevage industriel, plus qu’ailleurs, il faut absolument rationnaliser. Tout est donc mis en œuvre pour que, dans la mesure du possible, chaque bête mange la ration idéale: celle qui fait coïncider bonne santé, bon engraissement (plus de muscle que de graisse) et coût modéré. De même qu’une bête ayant atteint son poids d’abattage représente d’un coup une bouche inutile…

Oui, certains composés hormonaux peuvent être utilisés pour les reproducteurs (permettre par exemple la synchronisation des chaleurs chez les truies). Par contre, en France, ces molécules sont interdites sur les bêtes à engraisser.

Oui, les coches qui pourraient vivre jusqu’à 12 années sont souvent réformées (abattues) au bout de seulement 3-4 années, soit entre 6 et 8 mises bas, car ensuite leur potentiel reproducteur commence à décliner.

Truie allaitante

Truie allaitante

Oui, jusqu’en janvier 2013, les truies en France pouvaient être attachées ou bloquées pendant toute la durée de leurs cycles maternels, c’est à dire quasiment tout le temps.  Loin de moi l’idée de vouloir défendre cette pratique mais elle peut au moins s’expliquer. En effet, une truie en gestation et en phase d’allaitement est pour l’éleveur l’animal le plus important, celui qui doit absolument être en bonne santé car il porte en son sein, avec la future portée, le revenu de l’exploitation. Les truies étaient donc attachées pour éviter la compétition entre femelles avec ses possibles blessures et malnutrition due au vol de ration par certaines. Il était donc plus facile et moins coûteux de surveiller individuellement le déroulement de la gestation sachant qu’en plus une bête attachée se dépense moins, donc mange moins…On en revient toujours au même. Pendant la lactation, les truies sont encore bloquées pour éviter l’écrasement des porcelets.

Oui, ce changement de normes (entre autres) s’applique difficilement car il oblige une profession déjà surendettée à de nouvelles infrastructures et à plus de main-d’œuvre. Gare à ceux qui ne peuvent pas suivre…

Voilà, c’est un peu ça le progrès…Certains diront que la démocratisation des produits du dimanche est une chance formidable et représente par la-même un meilleur apport nutritionnel quotidien et d’autres répondront que c’est une aberration totale d’avoir privilégié à ce point la quantité au détriment de la qualité…

Cochons plein air

Cochons plein air

Dans tout les cas, il faut comprendre que bien manger coûte toujours aussi cher. Là-dessus rien à changer. Les produits de qualité ont un prix et quoiqu’on dise celui-ci n’a jamais vraiment baissé. Les 5% d’élevages sur paille et les 5% d’élevages plein air en France proposent des produits plus qualitatifs mais forcément beaucoup moins bon marché.

Priorité

 

Quel avenir pour l’élevage porcin en France ? La qualité ? Le protectionnisme ? La disparition ? La recherche de nouveaux marchés ? Des consommateurs impliqués ?

Réagissez.

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3 commentaires

  1. Arthur dit :

    Intéressant cet article, mais existe t-il des signaux permettant de connaitre les conditions d’élevage des porc que nous achetons ? J’ai tendance à penser que le cochon du charcutier était plus heureux que le cochon de chez Fleury-Michon, mais comment savoir ?

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  2. mikodos dit :

    Je pense que si vous achetez du porc non issu de l’élevage intensif, ceux qui vous le vendront n’oublieront pas de le stipuler…

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  3. @arthur et @mikodos :
    « ce qui vendront n’oublieront pas de le stipuler… » : tout à fait !
    Simplement, conservez toujours un regard critique sur ce qui vous est proposé pour gratter un peu le vernis et faire votre opinion (« dans la vie, il faut avoir le sens des priorités », n’est-ce pas

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